dimanche 4 décembre 2016

Recueil factice - Novembre 2016

Après une période où j’avais l’impression de ne rien faire, le mois de novembre offre un sacré contraste, j’ai même abandonné certaines chroniques à écrire au profit de brèves, faute de temps à leur consacrer. Je m’excuse donc par avance pour le caractère massif de ce bilan mensuel.


LIVRES


Bifrost hors-série : La science-fiction en bande dessinée
Uniquement consacré à la bande dessinée de SF, ce hors-série de Bifrost offre un vaste panorama sur la question à travers les époques et les pays. Abondamment illustré, il donne envie de dévaliser la librairie ou la bibliothèque la plus proche pour lire ou relire tout un tas de séries. Pour la petite anecdote je picorais dedans avant les Utopiales. Lorsque j'ai repris ma lecture en rentrant, j'ai découvert que je m'étais arrêtée à Universal War One de Bajram, l'auteur de l'affiche des Utopiales. Il n'y a pas de coïncidence !

L’ensorceleuse de Pointe-Lévy (Le crépuscule des arcanes 1) – Sébastien Chartrand
Un chouette premier tome d’une trilogie de fantasy québécoise : Chronique complète

Philip K. Dick goes to Hollywood – Léo Henry
Un sympathique recueil de nouvelles pour qui aime les textes référencés : Chronique complète

Le sentiment du fer – Jean-Philippe Jaworski
Quelques nouvelles du Vieux Royaume, toujours aussi bien écrit : Chronique

Les pierres qui pleurent (Aventures à Guédelon 1) – Danielle Martinigol
Un joli roman d’aventure jeunesse autour du Moyen-Âge : Chronique complète

Le retour du roi [nouvelle traduction] – J.R.R. Tolkien
La conclusion d’un superbe projet de nouvelle traduction : Chronique complète



FILMS


Les animaux fantastiques – David Yates
Le film qui m’a réconcilié avec l’univers d’Harry Potter au cinéma : Chronique

Captain Fantastic – Matt Ross
A la base je suis venue vers ce film à cause de Viggo Mortensen et à cause de l'affiche qui semblait pointer vers un film de Wes Anderson... ça n'a évidemment rien à voir mais Viggo Mortensen est par contre comme chez lui dans ce rôle de père un peu hippie qui élève ses enfants à sa façon, coupés du monde mais très au fait des derniers avancées de la physique. Captain Fantastic est un film plein de vie et souvent drôle, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir sur le mode de vie complètement décalé de cette famille (avec ces enfants brillants mais inadaptés et ce père très franc et parfois très autoritaire). Je ne pensais pas sortir de la salle avec autant de questions, mais ça n'en rend pas le film moins intéressant, bien au contraire (et puis Viggo quoi !).

Cronos – Guillermo del Toro
Cronos est le premier film de Guillermo del Toro, qui met en scène une histoire d'immortalité qui semble faire un amalgame entre vampires et pierre philosophale. J'ai découvert ce film aux Utopiales et je l'ai trouvé certes un peu désuet (il a plus de 20 ans) mais fort sympathique. On retrouve déjà quelques archétypes du réalisateur, Ron Perlman est déjà de la partie et l'histoire a une patine fort sympathique grâce à un couple de héros atypiques (un grand-père et sa petite fille).

Doctor Strange – Scott Derrickson
Le film de super-héros du mois de novembre, qui s'intéresse aux débuts du Sorcier suprême, un personnage qui détonne un peu dans l'univers Marvel (il utilise la magie et s'offre des voyages et des combats assez psychédéliques). La trame est archi-classique (presque copiée-collée sur celle de Iron Man) mais le film arrive à démarquer grâce à un univers visuel exubérant de toute beauté et un héros qui ne prône pas forcément de raser une ville pour sauver le monde. J'ai passé globalement un bon moment même si j'ai eu du mal à accrocher au début, j'ai trouvé les blagues balancées sans cesse par le personnage en complet décalage avec l'acteur (j'attendais plutôt du cynisme froid à la Severus Rogue venant de Benedict Cumberbatch). Une fois que la fréquence des vannes baisse, cela passe beaucoup mieux !

Miss Peregrine et les enfants particuliers – Tim Burton
Adapté d'un roman de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers nous raconte la rencontre entre un adolescent isolé et un pensionnat assez étrange où tous les enfants ont des dons étranges. J'avais un peu peur d'avoir déjà tout vu du film dans la bande-annonce mais il n'en a rien été. Malgré un rythme un peu lent (mais pas désagréable), Miss Peregrine est un film prenant qui sait être attachant. L'univers fantastique est chouette et ne fait pas trop dans l’autocitation comme le faisait beaucoup Tim Burton dernièrement. Si on laisse de côté l'histoire des boucles qui n'est pas toujours très claire, on passe un excellent moment devant ce film.



SÉRIES


Black Mirror – Saison 3
J'avais un peu peur que cette saison produite par Netflix et avec plus d'épisodes perde de son charme, mais même avec 6 épisodes et une ambiance plus américaine, Black Mirror ne perd rien de son charme et de sa froide anticipation. Le format stand-alone (c'est un peu comme regarder des nouvelles à la télé) fonctionne à merveille et permet d'évoquer plein d'aspects de notre vie actuelle (les systèmes d'appréciation sur Internet, la réalité virtuelle ou encore les lunettes connectées et les drones) en imaginant bien évidemment les pires dérives.
Tous les épisodes ne se valent pas (certains sont captivants le temps du visionnage et vite oubliés après) mais chacun se démarque par son atmosphère à chaque fois différente. Le premier (Chute libre) et le dernier (Haine virtuelle) sont de loin les plus forts, d'autant plus qu'ils forment un excellent diptyque sur les dérives des réseaux sociaux. J'ai également beaucoup San Junipero, qui détonne presque par son caractère plutôt positif au final.



SORTIES


La France d’Avedon : vieux monde, new look à la BNF
En allant assister à une conférence sur Tolkien à la BNF (voir plus bas), je n'ai pas pu résister à faire un détour du côté des expositions pour voir celle sur Avedon, vu qu'il s'agit d'un de mes photographes favoris, dont les portraits sont toujours exceptionnels. L'exposition a un petit côté bric-à-brac (on y évoque ses portraits, ses reportages de magazine, son implication dans la réalisation de films ou encore son travail éditorial avec Lartigue) mais c'est l'occasion du coup de découvrir plein de facettes de son travail. Les portraits sont comme toujours magnifiques, et j'ai également bien apprécié de visiter l'envers du décor au travers de photographies annotées avec les mentions de retouche.

Quoi de neuf au Moyen-âge ?
Cette exposition fort sympathique s'attache à démonter certains mythes sur le Moyen-Âge grâce aux découvertes archéologiques récentes. Après une première partie qui nous offre des repères chronologiques, la deuxième partie développe certaines thématiques (les campagnes, les villes, les élites, les voyages, etc.) à grand renfort de films et d'animations. On se rend du coup vite compte que cette ère soit disant d'obscurantisme n'en était pas une. Du fait de l'affluence je n'ai pas pu tout apprécier à sa juste valeur, mais je suis ressortie avec quelques idées intéressantes. Pour ceux qui ne peuvent faire le déplacement, je vous recommande l'émission La marche de l'histoire sur le sujet, qui couvre une partie de l'exposition.

13èmes Rencontres de l’imaginaire à Sèvres
Un chouette petit festival en banlieue parisienne : Chronique complète

Rencontre à la BNF à l’occasion de la traduction par Daniel Lauzon du 3e tome du Seigneur des Anneaux
Cette sympathique conférence (hélas trop courte) était l’occasion d’entendre Daniel Lauzon parler de son travail de traduction sur le Seigneur des Anneaux, mais aussi d’évoquer l’ancienne traduction de Francis Ledoux (courageuse et certainement pas à rejeter). L’influence de Tolkien sur d’autres œuvres a aussi été abordée, car ce sera le sujet d’une grande exposition à venir à la BNF sur Tolkien en 2019 (autant dire que vous en entendrez sûrement parler à nouveau en ces lieux).
Bref, tout cela était fort intéressant, et j’ai adoré Les échanges les lectures par un acteur qui ponctuaient la rencontre. C’est bien simple, que ce soit quand les Nazguls entraient en scène ou lors d’une simple conversation entre Faramir et Eowyn, j’en ai eu des frissons. Du coup je ne sais plus si je dois louer l’écriture de Tolkien, la traduction brillante de Daniel Lauzon ou le talent de l’acteur… sans doute les trois à la fois !

Utopiales 2016
Utopiales, what else ? : Jour 1 - Jour 2 - Jour 3



JEUX VIDÉO

Comme vous vous en doutez, le manque de temps ne m’a guère permis d’approcher l’ombre d’un jeu vidéo digne de ce nom ce mois-ci. A la place je me contente d’instants volés sur les jeux mobiles : Hearthstone toujours, Carcassonne (mon dada du moment) et j’ai récemment remplacé Fallout Shelter (dont j’avais fait le tour) par Fantastic Beasts (le jeu mobile inspiré du film inspiré du livre), aux mécaniques répétitives et bien évidemment conçues pour pousser à l’achat, mais dont j’aime bien la partie graphique.



MUSIQUE


Êtes-vous vraiment surpris par le choix de ce mois-ci ? Etant tombée amoureuse du film, je ne pouvais que tomber sous le charme de la musique des Animaux fantastiques, composée par James Newton Howard.

Sa musique sait se faire épique si nécessaire et magique lorsqu’il le faut, comme en témoignent des morceaux tels que Tina Takes Newt In / Macusa Headquarters ou encore Inside the case. A titre personnel j’ai également beaucoup aimé les passages jazzy qui renforcent l’ambiance « années 20 » et viennent accompagner à merveille l’excellent personnage de Jacob. A écouter dans la piste Newt Says Goodbye to Tina / Jacob's Bakery (à partir de 2:00).

(j’aurais aussi pu vous parler des musiques de la saison 3 de Black Mirror mais aussi adaptées qu’elles soient aux images, elles ne sont pas très joyeuses et inutile de vous plomber le moral alors qu’il fait nuit avant 17h !)



AU PROGRAMME POUR FINIR L’ANNÉE

Côté lectures, vous devriez entendre parler de La justice de l’ancillaire de Ann Leckie et de Fleurs au creux des ruines de Chloé Chevalier que je viens de terminer. Il est probable que j’enchaîne ensuite sur Membrane de Chi Ta-Wei (pour finir le challenge SFFF&Diversité) et Horus & cie de Timothée Rey (un jeunesse auquel je devrais rapidement faire un sort), tout en continuant à avancer dans Fidèle à ton pas balancé de Sylvie Lainé.

Côté films, le mois de décembre promet d’être riche en SF avec Premier contact et Star Wars : Rogue One. Cela fait déjà un bon programme avant Noël qui devrait vite arriver ! Côté séries, j’aimerais bien terminer la saison 4 de Orange is the new black et la saison 2 de Gotham. Au rythme actuel de visionnage, c’est déjà pas mal !

Côté jeux vidéo, si j’ai encore du temps à côté, j’en profiterai sans doute pour avancer la partie de Mass Effect que j’ai en cours. Ou pour tester un nouveau jeu pour une fois. A condition de trouver le temps entre deux parties d’Hearthstone (parce qu’avec la nouvelle extension qui vient de sortir, forcément je suis bien occupée !).

mercredi 30 novembre 2016

13èmes rencontres de l'imaginaire (Sèvres)


Bien que je passe tous les ans aux Rencontres de l’imaginaire de Sèvres depuis 2009 (quand même !), j’oublie souvent d’en faire le compte rendu (le dernier remonte d’ailleurs à 2011) car j’oublie une fois sur deux mon appareil photo et je passe souvent plus de temps au restaurant qu’à l’intérieur. Cette année cependant je suis venue mieux préparée, et la présence d’Alys, nouvelle venue qui découvrait pour la première fois les Rencontres m’a aussi poussé à profiter un peu plus du lieu de passer l’après-midi à papoter sur un fauteuil.

Arrivée juste avant midi, j’ai commencé par retrouver Lhisbei et M. Lhisbei à l’intérieur en attendant Alys, Shaya et Tigger Lilly qui étaient à la conférence sur la SF française des origines à 1950 (mon emploi du temps ne m’a malheureusement pas permis d’y assister mais vous pouvez la rattraper ici, merci ActuSF !).

Suite à quoi nous sommes allés comme de coutume manger dans le restaurant asiatique en face où nous avons allègrement papoté jusqu’à 14h et donc raté la conférence suivante (classique). Qu’à cela ne tienne, nous avons visité les expositions à la place : 



Dans les niveaux inférieurs du SEL, nous avons pu apprécier quelques belles couvertures des éditions du Bélial' (avec un gros faible pour ma part pour la couverture du Bifrost consacré à Pierre Pélot, en haut à droite, que j’aurais bien volée pour mettre chez moi).


Plus bas se trouvait l’exposition consacrée à François Baranger. Là encore, c’est un régal pour les yeux, à vous faire regretter d’avoir autant de meubles chez vous qui vous empêche de mettre plus d’affiches sur les murs (mais les bibliothèques ou la déco, il faut choisir !).



Nous avons ensuite voulu voir l’exposition à L’Esc@le mais il y avait dans la salle une conférence–dont nous avions aussi raté le début bien sûr-, du coup nous avons fait une petite expédition à la Médiathèque de Sèvres pour voir l’exposition Pulp Science fiction, l’occasion de découvrir moult couvertures de magazines riches en dinosaures, en services à thé volants et en femmes très légèrement vêtues de préférence.

J’ai beaucoup apprécié, d’autant plus que j’ai également visité un peu la médiathèque qui est dotée d’un fonds de SF, de BD et de livres jeunesse qui donne très envie. J’hésite presque à me prendre une inscription pour pouvoir dévorer des BDs pendant les vacances !


Retour ensuite à l’Esc@le pour voir l’exposition Lohran, un sacré illustrateur également (à ne pas confondre avec le grand Lorhkan par contre !). Et pour le coup il y avait plein de dessins, c’est chouette !

Retour ensuite au SEL où nous avons rempli le quiz (mais seule Alys a gagné malgré le fait que nous avions toutes copié les unes sur les autres) et où j’ai fait « quelques » achats. Je m’étais pourtant promis d’être raisonnable si tôt après les Utopiales mais vu que personne n’a fait d’effort pour me dissuader (Shaya m’a même encouragé), je suis repartie avec 5 livres :


  • Fleurs au creux des ruines - Chloé Chevalier (pour continuer à visiter le Demi-loup)
  • Un pont sur la brume - Kij Johnson (parce que Heure-lumière comme les trois suivants)
  • Le nexus du Docteur Erdmann - Nancy Kress
  • Le choix - Paul McAuley
  • Cookie Monster - Vernor Vinge
  • Horus & cie - Timothée Rey (un nouveau texte d'un de mes auteurs favoris sous prétexte de tester un roman jeunesse pour mes neveux/petits-cousins/etc.)
Pour la petite anecdote, j’étais un peu déçue pour les livres de la collection Une heure-lumière vu que tous les marques pages assortis n’étaient pas disponibles (j’ai juste pu récupérer celui de Un pont sur la brume).

J’ai découvert en rentrant chez moi que j’en avais déjà certains (reçus avec des Bifrost ou ramassés lors d’un festival, allez savoir). En fait je les avais tous sauf un, Cookie Monster… qui est justement celui qu’Alys a trouvé dans le Bifrost qu’elle a acheté à Sèvres et qu’elle m’a gentiment donné. Si ce n’est pas le destin ça !

Autres comptes rendus : Tigger Lilly

lundi 28 novembre 2016

Le retour du roi [nouvelle traduction] – J.R.R. Tolkien


Après m’être jetée sur les deux premiers volumes de la nouvelle traduction (ici et ), j’ai pris mon temps avant de me procurer la conclusion. En effet, une fois cet ultime volume relu, quand trouverais-je un nouveau prétexte pour me replonger dans cette saga qui m’accompagne depuis seize ans ?

Difficile de ne pas répéter pour Le retour du roi ce que j’avais déjà dit pour La Fraternité de l’Anneau et pour Les deux tours : cette nouvelle traduction signée Daniel Lauzon vient considérablement rafraichir et alléger cette grande aventure, la rendant mille fois plus fluide et mille fois plus agréable à lire.

Chose importante également, cette nouvelle traduction colle moins aux mots pour mieux se soucier du rythme, si bien que sous le Tolkien créateur d’univers, on a enfin l’occasion de découvrir le Tolkien écrivain, au style légèrement archaïque mais souvent très chantant (ce qui n’était guère perceptible auparavant à moins de lire en VO).

Voilà un exemple, un passage qui ne m’avait jamais particulièrement marquée mais qui m’a pratiquement sauté au visage lors de ma relecture :
Version anglaise : « He knew in the core of his heart that he was not large enough to bear such a burden, even if such visions were not a mere cheat to betray him. The one small garden of a free gardener was all his need and due, not a garden swollen to a realm ; his own hands to use, not the hands of others to command. »
Traduction de Francis Ledoux : « Il savait au fond de son cœur qu'il n'était pas de taille à porter pareil fardeau, même si de telles visions n'étaient pas un leurre destiné à le tromper. Le seul petit jardin d'un jardinier libre répondait à son besoin et à son dû, et non pas un jardin enflé aux dimensions d'un royaume ; il devait se servir de ses propres mains et non commander à celles des autres. »
Traduction de Daniel Lauzon : « Il savait, en son for intérieur, qu'il n'était pas de taille à supporter un tel fardeau, en supposant que ces visions ne soient pas un simple leurre. Un tout petit jardin, celui d'un jardinier libre, tel était son unique besoin et son seul dû, non un jardin érigé en royaume ; travailler de ses propres mains et non commander celles des autres. »
La retraduction des noms fera bien sûr toujours débat (preuve que tout n’était pas à jeter dans la traduction de Francis Ledoux, bien au contraire), mais elle a le mérite de respecter les consignes de Tolkien, et au final c’est un prix fort faible à payer pour un formidable travail d’harmonisation qui évite notamment de voir des personnages changer de nom entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

C’est donc avec un grand plaisir que j’ai pour ma part revécu le siège de Minas Tirith, la chevauchée des Rohirrim et la traversée du Mordor par Frodo et Sam. J’ai été une fois de plus emportée par le caractère épique de cette aventure (qui n’est jamais que la partie émergée de l’iceberg, l’infime conclusion de l’immense saga de la Terre du Milieu imaginée par Tolkien) mais aussi par ses moments parfois intimistes et paisibles, qui ne font pas forcément dans la surenchère de batailles (elles sont d’ailleurs fort brèves quand on les compare à celles de l’adaptation de Peter Jackson !).

Une fois l’histoire close, on peut également profiter d’appendices remis à jour (et harmonisés, je l’ignorais jusque-là mais ils n’ont pas été traduits par Francis Ledoux) qui permettent d’avoir un aperçu rapide mais néanmoins fort dense de tout l’univers derrière Le Seigneur des Anneaux. Il y a juste une jolie bourde graphique sur l’arbre généalogique de Sam mais j’imagine que cela sera corrigé pour les éditions ou tirages futurs.

Comme les tomes précédents, cette nouvelle traduction vient également avec son lot d’illustrations signées Alan Lee (toujours aussi belles) et ses cartes très pratiques pour suivre l’action. Je regrette toujours un peu que le milieu de la carte générale soit toujours difficilement lisible sans casser le dos du livre, mais comme il y a la carte détaillée du Gondor dans ce tome-ci, cela gêne moins.

Voilà pour le tour de cette nouvelle édition. Je ne vous ai pas vraiment parlé de l’histoire mais si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous renvoie à un article précédent où je chroniquais la version anglaise.

Reste à répondre à la question que vous vous posez sans doute, à savoir est-ce que cette nouvelle traduction en vaut vraiment la peine, surtout quand on a déjà une ou deux éditions différentes chez soi ?

Pour les fans (comme moi quoi !), je pense qu’elle est indispensable, tout simplement, parce qu’on a enfin l’occasion de lire un texte unifié du Hobbit au Retour du Roi où l’on découvre et redécouvre des tas de choses.

Pour quelqu’un qui n’a jamais lu l’œuvre parce qu’il trouvait le style difficilement accessible, c’est je pense l’occasion rêvée de s’y mettre (et si ça ne passe pas avec la nouvelle traduction, ma foi au moins vous aurez tout essayé !).

Et pour toutes les personnes à mi-chemin entre le fan et le novice, c’est à vous de voir. A l’heure actuelle c’est une lecture qui demande un certain investissement (60 euros en papier, pas beaucoup moins en numérique hélas) mais qui peut avoir son intérêt si on n’avait pas d’édition illustrée ou si on a envie de faire une belle relecture. Mais on peut toujours attendre la sortie d’une belle intégrale ou le passage en poche (ce qui devrait arriver également à terme).

Pour ma part j’espère que maintenant que cet énorme chantier est achevé, on va pouvoir savourer soit la suite de l’Histoire de la Terre du Milieu, soit une version révisée du Silmarillion (entre deux parutions de textes inédits bien sûr !).

CITRIQ

vendredi 25 novembre 2016

L’ensorceleuse de Pointe-Lévy (Le crépuscule des arcanes 1) – Sébastien Chartrand


Lors de l’édition 2015 des Utopiales, j’avais reçu des éditions Alire quelques livres et revues, parmi lesquels L'ensorceleuse de Pointe-Lévy, un roman de Sébastien Chartrand, accessoirement premier tome d’une trilogie de fantasy. Comme souvent avec les livres arrivés de façon imprévue dans ma PàL, il a un peu pris la poussière, ce que je regrette d’ailleurs car il s’est révélé une excellente surprise.

Dans la province du Bas-Canada (merci Wikipédia pour savoir à quoi cela correspond), au XIXe siècle, Faustin est le neveu d’un curé un peu particulier qui utilise la religion pour dissimuler ses activités d’arcaniste (il est magicien quoi !). Suite à un mystérieux cambriolage qui implique l’utilisation de magie, notre jeune héros est envoyé par son oncle chercher la fille du maire… qui vient d’être enlevée. Ainsi commence un périple à travers un Canada peuplé de créatures fantastiques qui va sérieusement bouleverser la vision du monde de Faustin.

Le moins qu’on puisse dire avec L'ensorceleuse de Pointe-Lévy, c’est que son univers est dépaysant. Je connais tellement mal cette région (et encore moins son histoire) si bien j’ai eu du mal à la lecture pour démêler le vrai du faux (au contraire d’un lecteur québécois qui savourera les références à n’en point douter), d’autant plus que l’auteur mélange allègrement faits historiques et fiction.

L’intrigue a un petit côté classique avec sa « quête » et sa compagnie pour le moins hétéroclite de héros, mais on apprécie très facilement la promenade à cause du côté un peu « Monsieur tout-le-monde » du héros. Faustin a souvent du mal à surmonter la peur, la douleur ou même à accepter tout ce qu’il voit (bien qu’il soit formé à l’utilisation des arcanes), ce qui le rend assez proche de nous.

J’ai bien apprécié également tout l’univers créé par l’auteur avec différentes magies, différentes façons de voir le monde (entre les Indiens et les occidentaux) et tout un bestiaire de créatures inspirées j’imagine des légendes locales qui peuvent être étranges ou horrifiantes.

Du coup la sauce prend très vite, et avant même que je comprenne ce qu’il m’arrive, j’étais en train de dévorer ce roman, pressée d’en savoir plus sur les Danseurs et l’Etranger entre autres choses. Avec son univers qui mélange avec brio histoire et fiction et son héros plutôt attachant, L’ensorceleuse de Pointe-Lévy se révèle donc une lecture très plaisante et plutôt rafraichissante si on a envie de visiter d’autres contrées.

L’histoire se suffit pratiquement à elle-même (on ne termine pas sur un cliffhanger), mais avec les évènements des dernières pages, je serais tout de même curieuse de savoir ce qu’il advient de Faustin par la suite. Je jetterais donc sûrement un œil un jour aux deux tomes suivants du Crépuscule des arcanes

CITRIQ


Item 2 : Lire une oeuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française

mercredi 23 novembre 2016

Les animaux fantastiques – David Yates


Les films Harry Potter et moi, ça n’a jamais été une grande histoire d’amour (au grand désespoir de M. Vert qui ne comprend pas que je puisse adorer les livres et passer complètement à côté des films). L’idée de faire trois films supplémentaires autour des Animaux fantastiques, un petit livre de moins de 100 pages, ne m’enchantait pas non plus (ne parlons même pas de cinq !). Du coup c’est sans aucune attente que je suis allée voir ce film (mais le jour de la sortie et en compagnie d’amis de Poudlard.org, on ne se refait pas !).


Mais je ne ferais pas durer le suspense plus longtemps, ça a été une magnifique surprise. Les animaux fantastiques, c’est tout simplement LE film qui vient de me réconcilier avec Harry Potter au cinéma. Cet article sera sans spoiler (non sans mal). Cependant si vous n’avez pas vu le film, méfiez-vous tout de même des commentaires au cas où !

Donnons quand même le cadre général, qui ne vous apprendra rien que la bande-annonce ne vous a pas montré. Durant l’année 1926, un passionné de magizoologie qui répond au doux nom de Newt Scamander (ou Norbert Dragonneau si vous préférez la VF) débarque à New York avec une valise pleine de surprises. Combien de temps lui faudra-t-il pour être plonger dans les ennuis ? Univers Harry Potter oblige, cela arrive très vite !


Cela ne m’a pas pris longtemps pour tomber sous le charme de ce film. Difficile en effet de résister à ce Newt Scamander qui réussit à être aussi brillant qu’inapte socialement (Matt Smith a été envisagé pour le rôle, ça vous surprend ?). Difficile également de ne pas être émerveillé lorsqu’on découvre le New York magique des années 30. Difficile enfin de ne pas se sentir comme chez soi dans cette histoire qui combine sujets sérieux et humour, petits détails à remarquer pour les fans et grands moments à savourer…

C’est un peu comme de retourner dans sa maison d’enfance, à ceci près que sa maison d’enfance a grandi en même temps que nous : après quelques notes de musique familières, on a vite fait de réaliser que l’atmosphère comme le schéma narratif ont changé. Même le ton a évolué et se veut plus adulte. J’ai d’ailleurs pris conscience que bien que Harry Potter ait toujours traité de sujets sérieux, jusque-là il le faisait d’un point de vue finalement assez « enfantin ».


En fait c’est comme si se libérer des livres avait fait du bien à l’univers : comme Les animaux fantastiques est une histoire originale, le spectateur a le plaisir de la découverte et n’est pas frustré par les coupes ou les changements (surtout quand c’est un livre auquel on porte assez naturellement un grand attachement).

Du côté de l’écriture comme de la réalisation, tout le monde a bien plus de marge de manœuvre, ce qui permet de partir dans une direction très différente. Même si le film n’échappe pas à quelques clichés des blockbusters, il y a tellement de bonnes choses dans ce film qu’on les pardonne facilement.


Déjà le héros, Newt Scamander est un Poufsouffle, ce qui est absolument extraordinaire. Certes on avait déjà eu Cédric Diggory mais il restait un personnage secondaire. Pour une fois la maison des laissés pour compte (dans un des livres on apprend tout de même qu’elle accueille tous ceux dont ne veulent pas les autres fondateurs) est mise à l’honneur. Et mine de rien ça a son importance !

De manière générale, ce sont de toute façon tous les personnages que j’ai trouvé bons (à part peut-être Colin Farell qui m’a semblé un peu transparent), avec une mention spéciale au side-kick comique qui n’a aucun mal à transcender son rôle.


Les visuels sont également époustouflants. Le New York d’époque, superbement reconstitué, avec quelques lieux magiques de toute beauté. Certes on perd un peu le délicieux charme anglais des premiers films (il manque parfois un peu) mais ce qu’on a à la place compense largement.

Du côté du nerf de la guerre du film, à savoir le bestiaire, c’est également un véritable régal pour les yeux. Je ne vous citerais pas toutes les créatures présentes (spoiler !) mais j’ai été sidérée du rendu, d’autant plus qu’on les reconnaît bien lorsqu’on a lu le petit livre à leur sujet.


La musique fait également un formidable travail de fond pour nous immerger dans l’univers. Composée par James Newton Howard, elle sait être selon les besoins du film magique ou épique, tout en glissant ici et là quelques références sonores. Et les petits passages jazzy ici et là s’intègrent à merveille.

Enfin, le film fourmille de petits détails qui raviront les fans (dont certains n’apparaissent que lors d’un deuxième visionnage). Entre quelques noms glissés au détour d’une conversation et quelques créatures non nommées mais fort reconnaissables par les experts, les fans peuvent savourer encore plus leur séance sans que cela nuise à la compréhension générale de l’intrigue.


Bref à tout point de vue, cette extension d’univers est une vraie réussite (je vous renvoie d’ailleurs à l’excellente vidéo du Fossoyeur de films à son sujet qui résume fort bien ses bons points). Si vous ne l’avez pas encore vu, vous pouvez courir le voir, que vous soyez fan ultime ou juste connaisseur de l’univers, vous devriez passer un bon moment, en 2D ou en 3D (elle n’est pas mauvaise même si comme toujours elle ne rend pas le film meilleur).